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Les légendes ardennaises

Le dragon de Mézières

Le dragon de Mézières
Etoile pour jeuFT

A la fin du douzième siècle, à la collégiale de Mézières vivait un chanoine curieux des choses de la nature. Trop curieux. Car un jour, ce chanoine prit un petit ver et l’enferma dans une fiole. On dit qu’il le nourrit décemment ; nous n’en doutons pas, mais à la vérité, personne ne sait exactement avec quoi il l’a sustenté.
Car après quelque temps, le ver se mit à grossir, et grossir encore, si bien que la petite fiole devint trop étroite. Il le mit alors dans une plus grosse bouteille, mais cela ne résolut en rien le problème puisque le ver continua à enfler et enfler encore !
Il le changea de récipient en récipient : des vases, des jarres, un tonneau ! Puis il lui construisit une très grande cage de fer, car entretemps, de ver, il était devenu dragon ! Le pauvre homme faillit perdre la vie lorsque, dans sa cave, il enferma le dragon dans la cage, car la bête, qui crachait du feu, faillit le cuire tout entier, et s’il échappa aux flammes, il étouffa presque à cause de l’air vicié !
Après cette mésaventure, il comprit qu’il mettait en danger toute la bonne ville de Mézières. Ainsi, il se résolut à confier son secret à quelques amis de confiance. Ensemble ils décidèrent que la meilleure façon de se débarrasser du monstre était de le jeter dans la Meuse toute proche.

L’opération fut périlleuse, le dragon, furieux, fulminant, infectant l’air de ses fumées épaisses ; les religieux en eurent grand peur, ainsi que toute la population qui s’était rassemblée afin de profiter de cet étrange spectacle. Ce n’est pas tous les jours qu’on voit un dragon…
Enfin, ils parvinrent à jeter la cage dans le fleuve. Le dragon virevolta et fit quelques sauts dans sa boite, mais il finit par couler et l’eau eut raison de son feu ardent.
Plus jamais on ne vit le dragon de Mézières, excepté sur un vitrail de la Basilique qui n’a pas survécu à la guerre de 1870… Mais que Meyrac décrit ainsi : “le monstre à la face grimaçante ; on dirait qu’il possède une tête de singe. La partie antérieure du corps est verte ; ce qui en reste est jaunâtre.”
A ses côtés il y a un évêque représenté en train de l’asperger d’eau bénite.

Extrait du livre “Petit Guide de Sorcellerie en Ardenne” édité par la Société des Ecrivains Ardennais – 2009 – Texte : Olivier Rime

Le nuton

Taille: Trente centimètres

Aspect :
Agréable, corps mince, grosse tête comme la plupart des nains, mais jolie et bien faite, grand front, traits réguliers pleins de noblesse, oeil rêveur et mélancolique, teint pâle, cheveux long et bouclés, moustaches et barbiche de mousquetaire, doigts fins et habiles. Devenus vieux à l’âge de cinq cent ans, ils portent la barbe dans toute sa majesté.

Vêtements :
Très soignés. Jaquettes brunes, gilets vert foncé, chemises de lin, culottes de velours côtelé noir, bas verts, chaussons élégants en peau gris perle. Chapeau à larges bords.

Habitat :
Les trous, les failles, les gouffres des rochers d’Ardenne conduisant au coeur de vastes cavernes proprement aménagées. Ils vivent tous ensemble autour d’une énorme cheminée et d’une table commune flanquée de bancs d’un seul tenant façonnés dans des chênes géants. Chacun jouit d’une chambre particulière, d’un petit salon et d’un atelier.”Taiseux” et silencieux, ils ne se dérangent guère.

Nourriture :
Hochepot, matouffé, soupe de venaison, gibelotte de gibier, pâté, jambon, saucisses fumées : toute la savoureuse cuisine ardennaise qu’ils savent soigneusement mitonner.

Moeurs :
Très ancienne race ; les Nutons sont pacifiques, mais ils peuvent devenir guerriers. Inventifs et ingénieux artisans, ils ont inventé des arbalètes très puissantes à quatre carreaux et à pierres.

Activités :
Travaillent le cuir et les métaux. Ils gravent également et écrivent. S’ils ont disparu, les Nutons ont laissé leurs traces un peu partout sur le paysage ardennais et dans les expressions locales. On montre des tours, des trous, des cassettes, des écuelles à Nutons. […] “Vivre comme des Nutons” se dit de ceux qui vivent à l’écart et de façon marginale.

Extrait du livre “La Grande Encyclopédie des Lutins et Autres Petites Créatures” par Pierre Dubois , Hoebeke Editeur – 1992

Le cheval Bayard

On affirme que tous les septs ans , revenant dans les forêts des Ardennes, le cheval Bayard se tient quelques minutes sur une roche qu’il frappa jadis de ses quatre pieds au point de laisser très visible l’empreinte de ses fers.
Il hennit très fortement et disparaît, mais s’il est possible d’entendre ses hennissements, il est fort difficile de le voir, car personne ne peut se vanter de l’avoir vu. Il apparaîtrait surtout dans les environs de Château-Regnault, entre les “pointes des quatre fils d’Aymon” et à cet endroit qui fut la “Table de Maugis”.
(Meyrac cite un extrait de M.H. de Nimal “Légendes de la Meuse” )
“Les quatre frères, ensemble, ont enfoncé leurs éperons d’or dans les flancs de leur monture. Bayard a levé sa tête fière, s’est ramassé sur ses quatre pieds. Il bondit comme un cheval ailé et il va retomber tranquillement, de l’autre côté de la Meuse, pendant que les quatre frères se signent et remercient Notre Dame.”

En ce qui concerne les sauts plus ou moins prodigieux faits par Bayard et l’empreinte de ses sabots plus ou moins fortement incrustés sur les pierres, les légendes sont nombreuses dans les Ardennes françaises et belges. Dans la vallée de la Lesse, sur un roc près de Dinant se voient deux empreintes figurant les pieds d’un cheval.
Les quatre fils d’Aymon, poursuivis par Charlemagne, sont montés sur Bayard qui, d’un saut, franchissant la Lesse, pique droit vers la Meuse et arrive par le chemin d’Herbeuval au-dessus des rochers où se trouve la fameuse “aiguille” à laquelle il a donné son nom. De là, il passe par-dessus la Meuse et laisse encore sur le rocher l’empreinte de ses sabots.
Le “Pas Bayard” se trouve non loin de la frontière franco-belge, sur le territoire du hameau de Remonchamps. Dans son bond prodigieux, le cheval aurait franchi une lieu !

 

Extrait du livre “Traditions, Coutumes, Légendes et contes des Ardennes” par Albert Meyrac , Editions F.E.R.N. à Avallon – 1966

Etoile pour jeuFT

L'épée Flamberge

 

L’épée. Cet artefact évoque, entre autres choses, la puissance du seigneur, la force du combattant, la grandeur du chevalier ou la souveraineté du Roi.
Chaque épée est liée au destin de son porteur, parfois même, engendre-t-elle ce destin. Certaines ont existé, d’autres sont des mythes ou proviennent de l’imagination d’un écrivain. Parfois extraordinaires, souvent prodigieuses, elles fascinent l’Homme depuis toujours.
Elles sont toutes uniques et portent un nom qui font d’elles des compagnes particulières lors des combats quel qu’en soient la nature.
Durandal, Excalibur, Arondie, Damocles pour n’en citer que quelques-unes…

Celle qui nous intéresse ici est la lame de Renaud de Montauban.
Renaud était l’ainé d’une fratrie de 4 fils. Quatre vaillants frères, de valeureux chevaliers, répondants aux noms de Aalard, Guichard, Richard et Renaud. Les 4 fils Aymon.

Floberge était son épée. Une arme magique et extraordinaire forgée par Galas durant 3 années de labeur et reçue de son cousin, l’enchanteur Maugis.

Les siècles firent évoluer son nom. Floberge devint Flamberge, à n’en point douter en rapport avec la forme de sa lame « ondulant comme la flamme ». On lui prétend également le pouvoir de flamboyer lorsqu’elle est brandie par son possesseur.

« Renaud, s’abandonnant à la fin sur le Circassien et relevant son épée presque sur son
dos, la rabat avec une force si terrible que Flamberge partage en deux le bouclier de
Sacripant. » [Du Tressan, Roland furieux (traduit de l’Arioste), ch. II]

Texte : Céline Menoncin

Le Mowhot

Le Mahwot
Dans la vallée de la Basse-Meuse ardennaise, il existe une croyance populaire qui parait être fortement enracinée. Voici d’ailleurs la légende telle qu’elle m’a été racontée en wallon par la veuve Bébert-Hiaya :
Un animal malfaisant se tient dans le fond de la Meuse. Il s’appelle “le Mahwot”. Il est amphibie. Il court sous les eaux d’un bout du fleuve à l’autre, de Revin jusqu’à Liège. Il est gros comme un veau et a la forme d’un léazrd.
Il ne sort de la Meuse que très exceptionnellement et lorsque de graves évènements vont survenir. Son apparition sur terre est un signe précurseur de désolation, de mort, de sang, de guerre prochaine ou de peste.
Il sort aussi de l’eau à l’appel des mères courroucées contre leurs enfants qui ne veulent pas obéir. Le Mahwot a-t-il déjà dévoré beaucoup d’enfants ? On ne le sait pas au juste, mais les bambins le redoutent, surtout quand la maman leur dit :
“V’là le Mahwot, si tu n’ti tais nai, dji vas t’fouaire mindjie !”
(Voilà le Mahwot, si tu ne te tais de suite, je vais te faire manger !)
Cette menace produit toujours son effet…

Extrait du livre “Traditions, Coutumes, Légendes et contes des Ardennes” par Albert Meyrac , Editions F.E.R.N. à Avallon – 1966